Djibril Cissé appartient à une caste particulière. Il ne sera jamais un footballeur comme un autre, un simple garçon monté sur crampons qui bataille pour pousser le cuir au fond des filets. En dehors des terrains, l’exubérant attaquant marseillais cultive un look unique qui défraie la chronique et marque à vie ses partenaires. Sur le pré, son jeu est devenu aussi célèbre que ses accès de colère envers ses partenaires. Entier, il laisse rarement indifférent et ne s’attire pas que des amis. Alors, quand ses performances ne correspondent pas à son standing supposé, les foudres s’abattent sur lui. Cissé cristallise les rancœurs, concentre les critiques.
La semaine passée, face à Lens (1-0), le public du stade Vélodrome lui a réservé une bordée de sifflets à sa sortie du terrain. Pourtant, il avait livré une partition de bien meilleure facture qu’en d’autres occasions. Au moins, il s’était battu, n’hésitant pas à tacler les deux pieds en avant pour tenter de récupérer un ballon. En gagnant le banc de touche, Cissé n’a pas pipé mot, il a juste applaudi, avant de serrer la main d’Eric Gerets. Le technicien belge est tombé des nues : « Après vingt ans comme joueur et quinze en tant qu’entraîneur, c’est la première fois que je vois un public conspuer l’un de ses propres joueurs. C’est surprenant. »
« Le public attend plus de lui… »
Recrue phare de la dernière campagne de recrutement, Cissé est devenu la nouvelle tête de Turc des supporters phocéens, celui sur qui l’on tire lorsque les choses ne tournent pas rond. Comme l’an passé… « Le public attend plus de lui, ce qui le rend peut-être sévère, assure Mathieu Valbuena. Pourtant, contre Lens, il a fourni beaucoup d’efforts et apporté des solutions. » « Il a donné le maximum », ajoute Lorik Cana, en bon capitaine. L’international albanais va plus loin : « Djibril possède des énormes possibilités qu’il n’exprime pas totalement. Il ne parvient pas à se libérer. »
Officiellement, ses partenaires le soutiennent dans cette traversée du désert. Gerets a évoqué cette situation lundi matin, dans l’intimité du vestiaire. Ses équipiers ont eu une attention pour lui. Ils l’ont réconforté. « On doit faire face avec lui », estime Laurent Bonnart. Officieusement, les discours sont moins harmonieux. Cissé est fréquemment montré du doigt. Dès son intronisation, le technicien belge a placé l’ancien Auxerrois devant ses responsabilités, réclamant un investissement supérieur pour un joueur bénéficiant d’un tel vécu. Selon certaines sources, le courant ne passerait guère entre les deux hommes. « Même s’ils se connaissent peu, leurs rapports sont corrects, professionnels, rectifie Ranko Stojic, l’un des conseillers du joueur. Gerets va le soutenir. Il aime les joueurs de caractère comme l’est Djibril. Celui-ci ressemble à Eric lorsqu’il était joueur. Je reste persuadé que Djibril sera le leader de son équipe. »
En aura-t-il simplement le temps ? Depuis plusieurs jours, la rumeur d’un départ au mercato enfle. Portsmouth et Manchester City se seraient positionnés. Récalcitrant dans un premier temps, Cissé se serait résolu à étudier sa situation sous un angle différent. L’hypothèse d’un départ ne serait pas farfelue, surtout que l’OM est en quête d’un attaquant de poids pour janvier 2008. « Il n’en est pas question, lance Ranko Stojic. Il va réussir à Marseille, vous verrez. »
F.L. (But! Marseille)