Il y a bien longtemps que l’on n’avait pas vu Yoan Gouffran faire cette tête-là. A le voir traîner ses baskets au côté du Rennais Marveaux sur la pelouse de Clairefontaine, on comprend tout de suite qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Impression confirmée même si le Caennais affirme qu’il « garde le moral ». Pourtant, ce n’est pas vraiment ce qui ressort de la discussion avec le joueur dans l’une des salles de classe de l’INF. « Ça ne s’est pas fait avec Paris. C’était ma priorité, c’est un grand club et je suis de la région : j’ai tout pour réussir là-bas. » Gouffran nous explique qu’il n’a pas digéré ce départ manqué. Avec calme mais avec une amertume grandissante envers le Stade Malherbe. « Je ne vais pas le cacher ni faire semblant, il y a quelque chose de cassé entre le club et moi. J’ai été déçu par Franck Dumas et les dirigeants. »
En clair, Yoan Gouffran se sent trahi. La saison dernière, devant l’appétit de Chelsea mais surtout d’Auxerre pour le jeune attaquant caennais au sortir d’un bon Euro au Portugal, Caen avait déjà mis son veto. « A l’époque, on m’avait tenu le discours suivant : je restais un an de plus et on discutait de mon avenir. Mais on ne m’a jamais dit qu’on ne me laisserait pas partir. » Mais c’est ce qui s’est passé. Pourtant, comme convenu avec Caen, Gouffran a joué le jeu et est resté dans son club formateur, contribuant en grande partie à la montée. Les dirigeants, eux, ne peuvent pas en dire autant. A entendre leur petit protégé, ils ont ainsi eu une drôle de façon de traiter les sollicitations qui se sont présentées sur le fax du club. « Les dirigeants ne disent pas qu’il y a eu beaucoup d’appels pour moi, ni qu’ils ont répondu à qui ils voulaient. Ça ne se fait pas, c’est un manque de respect », déplore le Caennais. Qui ajoute, malicieux : « Le président croyait que je n’étais au courant de rien mais en fait, je savais tout ».
« Allo, c’est Arsène Wenger. Il y a quelqu’un ? »
Depuis fin mai, « Yoyo » a donc suivi l’évolution de son dossier. Et notamment les nombreux appels dans le vent d’Arsène Wenger (Arsenal), qui souhaitait le faire signer et le prêter à Caen jusqu’à la fin de saison. Après que l’entraîneur d’Arsenal a perdu patience, Gouffran a alors été informé du désir d’Alain Perrin d’en faire le complément de Keita sur le côté droit. Ce que le principal concerné ne souhaitait pas. « A Lyon, il y a pas mal de joueurs et je n’aurais pas forcément joué. » Est alors venu le tour du PSG. Gouffran n’a alors plus qu’une seule idée en tête : rejoindre son club de cœur dès cet été. « Dès qu’il y a eu du concret avec Paris, je voulais que ça se fasse. J’ai bien senti une volonté de Paris de me prendre pour me faire jouer. »
Les premières offres parisiennes arrivent en Normandie mais « Malherbe » semble demander toujours plus. Pas coutumier du fait, Gouffran entame donc un bras de fer. « J’ai séché les entraînements. Je sais que ce n’est pas bien de faire ça mais j’avais vraiment envie de rejoindre le PSG. Et comme les dirigeants n’écoutaient pas trop ce que j’avais à leur dire, c’était un moyen de leur mettre la pression. » Mais cette pression n’aura eu aucun effet sur le président Fortin. Jusqu’au bout, Caen a tenu. Gouffran terminera donc l’année au SMC. Car pour le moment, il n’est toujours pas parisien. En attendant de l’être, le droitier va remplir son devoir envers Caen. Mais pas de bon cœur. « Je suis sous contrat là-bas et je ne peux pas faire n’importe quoi non plus : j’ai des devoirs envers le club. La relation sera bizarre. Au début je vais faire la tête mais il faudra bien passer à autre chose. » Rendez-vous est déjà pris au mercato d’hiver.