Rachid Tajmout, plusieurs formations de l'élite ont tenté de recruter Tenorio, mais en vain. Comment expliquez-vous que ce soit aussi difficile pour un club français de recruter un joueur évoluant au Qatar ?
Les Qataris injectent beaucoup d'argent pour redynamiser leur football et pousser les gens, voire la presse, à venir au stade. C'est un investissement sur le long terme. Prenons justement l'exemple de Carlos Tenorio. En Equateur, c'est la star. Donc dans son pays, on parle du Qatar. Les jeunes Equatoriens voudront aller jouer au Qatar, etc... Par le passé, ça a été la même chose avec le Japon qui avait misé sur le Brésilien Zico pour lancer le mouvement.
C'est-à-dire ?
Au départ, ils ont essayé de faire connaitre le pays à travers des joueurs comme Romario. Ensuite, il y a eu Dugarry, Desailly et autres Batistuta, des joueurs qui venaient de clubs tels que Birmingham City, Chelsea et l'Inter Milan. Après et seulement après, les dirigeants qataris ont commencé à miser sur des joueurs plus jeunes. Je pense notamment à l'Argentin Mauro Zarate qui avait été recruté par Al Saad en juillet 2007 pour près de 15 millions d'euros (Ndlr : en provenance de Velez Sarsfield). Aujourd'hui, il a déjà été transféré à la Lazio Rome, mais le plus important reste qu'un joueur évoluant au Qatar est parti en Italie, après avoir été prêté en Angleterre (Ndlr : à Birmingham City). Certains partent encore uniquement pour l'argent (Amara Diané et Kim, par exemple), mais ça reste tout de même une belle vitrine.
Mais le niveau du championnat qatari reste très faible, non ?
C'est une compétition assez modeste, mais les joueurs étrangers ont intérêt à avoir un niveau « exceptionnel » pour y percer. Et surtout y rester. Les places sont chères là-bas. En première division, vous avez dix équipes qui n'ont toutes le droit qu'à quatre étrangers chacune. Ces joueurs doivent être à la création, mais aussi à la finition. Pour caricaturer, ils doivent récupérer le ballon, traverser le milieu de terrain, faire un centre et être à la réception pour marquer le but. Après, à la moindre erreur, ils peuvent être virés. Prenons le cas de Fabrice Fiorèse qui a évolué à Al Rayyan. Au mois de décembre, le joueur apprend que l'on ne compte plus sur lui. Le club essaye de trouver un accord pour s'en séparer, mais sans suite. Ça pourrait poser un problème dans n'importe quel autre pays mais au Qatar ils n'ont aucun souci à payer un joueur qui ne joue pas. Fabrice Fiorèse a fini son contrat sans problème. Il a toujours été payé, mais il n'a plus joué car on lui avait retiré sa licence.
« Ça a été très dur de sortir Emerson du Qatar »
Sentez-vous une véritable volonté des joueurs européens de venir désormais au Qatar ?
Mon téléphone n'arrête pas de sonner (sourire). Et ce sont des joueurs de plus en plus jeunes.
Croisez-vous beaucoup de recruteurs français lors de vos voyages au Qatar ?
Il y en a de plus en plus. Des recruteurs, des directeurs sportifs etc... Et de tous les pays. Je me souviens de Jean-Luc Buisine (ndlr : le responsable du recrutement du LOSC) qui s'était déplacé pour rencontrer il y a quelques mois Sebastian Quintana, Elamine Erbate et Marcio Emerson Passos. Et il y en a d'autres.
Vous étiez l'agent de Marcio Emerson Passos au moment de son passage au Stade Rennais en août 2007. Comment s'est déroulée cette opération ?
Au départ, c'était Lille qui le voulait. Mais au final, Claude Puel a fini par privilégier un autre profil. Alors on s'est retourné vers Rennes qui cherchait un attaquant. A l'époque, les dirigeants bretons étaient déjà sur le Ghanéen Asamoah Gyan, mais ils ont tout de suite été d'accord pour prendre Emerson. Il y avait d'autres clubs sur le coup, dont Monaco, mais Rennes le voulait vraiment. Les Rennais n'ont pas hésité à débourser cinq millions d'euros pour le prendre. Une première pour un attaquant de vingt-neuf ans qui n'avait jamais évolué en Europe. Mais, ça a tout de même été très dur pour le sortir.
« Il ne faut pas essayer de voler un joueur au Qatar »
C'est-à-dire ?
Même à vingt-cinq millions d'euros, il n'était pas transférable. Les gens ne comprennent pas que les Qataris ne veulent pas vendre leurs joueurs. Ils ne vendent pas un joueur, ils s'en débarrassent. Normalement, on fait des transferts pour faire de l'argent, ça ne marche pas comme ça au Qatar. Pour Emerson, j'ai dû rester vingt-cinq jours d'affilée au Qatar pour débloquer la situation. Le joueur a également dû faire le forcing jour après jour. Ça a été une véritable affaire d'Etat. Aujourd'hui, ça reste le dernier vrai joueur à avoir quitté le Qatar. C'était différent pour Mauro Zarate qui disposait déjà d'un bon de sortie. Il ne faut pas essayer de voler un joueur au Qatar, il faut toujours discuter. Et ça dépend aussi des méthodes. Je ne vais pas tout dire (sourire), mais on a vu cette année que ce n'était pas si facile que ça.
Les clubs ne sont-ils pas échaudés par le cas Emerson qui ne sera finalement resté que quelques mois en Bretagne ?
Je ne pense pas. Il y a eu un avant et un après Emerson. C'était le joueur le plus difficile à sortir. Maintenant, ça ne sera plus pareil. Pour le niveau, il ne faut pas s'inquiéter outre-mesure. Après, il ne faut pas oublier les cas de Baky Koné, John Utaka et Kader Keita qui ont réussi en Europe. Pour Emerson, c'est particulier. Au Qatar, le joueur était une star incontestée qui gagnait près de six millions de dollars par an. On lui a proposé jusqu'à à trente millions d'euros sur trois ans, mais il a tenu à venir en Europe pour jouer. Il arrive en Bretagne dans les derniers jours du Mercato. Il restait sur un mois sans compétition à négocier son départ. Il n'était pas en pleine possession de ses moyens. Il s'est aussi blessé parce qu'il a voulu revenir trop vite.
C'est tout ?
Il y aussi le cadre de vie. Au Qatar, il avait une maison immense avec six chambres, deux nurses pour ses enfants, un chauffeur et une cuisinière. A Rennes, ce n'était pas pareil. Sa femme ne l'a pas supporté. Ça n'a pas aidé. De fil en aiguille, Emerson a perdu la motivation, surtout qu'il ne pensait pas que les autres joueurs étaient meilleurs que lui. A la fin, il a craqué. Il est parti. Mais il ne faut pas oublier que le Stade Rennais a effectué une belle opération financière en le revendant 7,5 millions d'euros. Et ça, je l'avais promis à son arrivée.
Quid de Sebastian Quintana qui intéresserait plusieurs clubs français (Nancy, Lorient, Lille, Sochaux, Saint-Etienne etc) ?
Effectivement, c'est un dossier important. Ça va être compliqué. On m'avait déjà fait comprendre que le transfert de Marcio Emerson Passos avait été mal perçu par les dirigeants qataris. Maintenant, ça dépendra aussi du joueur. Il faut qu'il ait vraiment envie de partir, sinon ça ne sert à rien. Pour le reste, Sebastian Quintana peut jouer dans n'importe quelle équipe française. Il peut tout faire. Aujourd'hui, il serait temps qu'il change d'air. Ça fait quatre ans qu'il est au Qatar. Il est à l'abri financièrement, il n'en fera pas une question d'argent. Il n'a pas de famille avec lui. Ce n'est pas le même dossier qu'Emerson. Il y aussi d'autres très bons joueurs qui peuvent être susceptibles d'intéresser les clubs français, mais on en saura plus dans les prochaines semaines.
Rédigé par Ignazio GENUARDI Le contacter
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