Vincent Chaudel, en tant que spécialiste de l'économie du sport, comprenez-vous la stratégie du Real Madrid sur le marché des transferts ?
C'est la stratégie d'un club qui est leader et qui veut le rester. Il y a une forte concurrence autour de lui : Barcelone au niveau national, Manchester United et les autres au niveau international.
Kaka pour 65 M, 94 M pour Cristiano Ronaldo
Ces sommes sont-elles folles ou réalistes du point de vue des dirigeants du Real ?
Ce sont des sommes très importantes qui répondent à plusieurs objectifs. Le premier, c'est d'avoir des joueurs de grand talent pour regagner des titres. C'est qui est très important pour le Real, c'est de ne pas laisser le Barça tout gagner. Le Real a pour vocation d'être le club référence. Donc sportivement, cet argent lui permet d'attirer les meilleurs talents. La vocation du Real est aussi de frapper très fort sur le marché pour affirmer sa position et se donner les moyens de la tenir. Et économiquement, c'est aussi de booster, s'il était nécessaire de le faire, la valeur marchande du club. Il est évident que ces deux arrivées vont relancer la dynamique merchandising. Ça va soutenir la tournée d'été, les produits dérivés partout dans le monde et aussi les droits télévisuels à l'international.
Le retour sur investissement peut-il être très conséquent ?
Il va se faire notamment par le développement de ressources à l'international, lors des tournées, sur les produits dérivés ou sur les droits TV. J'imagine également qu'ils sont toujours sur le même schéma, à savoir que le club et le joueur consentent à une co-commercialisation des droits du sportif. Il y aura des deals marketing pour le joueur pour lesquels le club sera intéressé financièrement. Avec l'exposition du club et celle du joueur, il y a une possibilité de rentrer dans l'investissement totalement ou pour partie.
« Une valeur de revente très forte »
Concrètement, sur les plans financier et économique, comment vont se traduire les arrivées de Kaka et Cristiano Ronaldo ?
Pour les rentabiliser, ils vont suivre le même modèle que Florentino Perez avait mis en place lors de sa première présidence. C'est-à-dire commercialiser le club et ses joueurs en Espagne, en Europe et dans le monde sous forme de sponsoring, de produits télé, de produits matchs. Remplir le stade Santiago Bernabeu le plus possible lors des rendez-vous officiels. C'est déjà bien le cas. Et faire le plein lors d'autres évènements comme les tournées.
Florentino Perez évoque un investissement rentable en trois ans. Est-ce la norme dans de telles opérations ?
Si c'était la norme, beaucoup de clubs en seraient ravis. Je crois que ce n'est pas la norme. Le Real est un club d'exception avec des joueurs d'exception. Par définition, ce n'est pas la norme. Mais oui, dans ce cadre-là, un investissement rentable en trois ans est envisageable.
Ces transferts peuvent-ils mettre en danger la santé du club ?
C'est une prise de risque. On ne peut pas dire le contraire. Mais c'est aussi un investissement. Et ce n'est pas dangereux parce que le club a aujourd'hui une structure de revenus qui est assez équilibrée entre ses droits TV, qui sont très importants, et son sponsoring, qui est aussi très important avec un partenaire maillot qui n'est pas en difficulté financière. Stabilité des revenus des droits TV, stabilité du sponsoring
Et le facteur recettes de match qui ne peut pas s'écrouler du jour au lendemain. Ce sont des joueurs avec une très forte cote et qui ne sont pas à la fin de leur carrière. Ils ont donc aussi une valeur de revente très forte. Quand on parle de Ronaldo et de Kaka, ils peuvent potentiellement être revendus dans trois ans pour un montant encore très important. Car on parle de joueurs encore jeunes.
« Les concurrents directs vont certainement chercher à réagir »
Kaka apporterait au Real Madrid 75 millions d'euros par an de revenus selon Florentino Perez. Est-ce que c'est réalisable ?
Je pense qu'il faut faire la distinction entre le chiffre d'affaires généré et la marge. Si on veut comparer les 75 millions évoqués aux 67 millions du transfert, je ne pense pas que ce soit 75 millions de marge. Et puis, 75 millions, ça me paraît être un chiffre important. Si l'idée est de dire que les 67 millions investis pour Kaka seront amortis sur la durée du contrat grâce aux activités du club, je veux bien le croire. Mais rentabiliser son arrivée sur une année, ça me parait compliqué.
Quel impact ces transferts peuvent-ils avoir sur les autres clubs européens ?
Les concurrents directs vont certainement chercher à réagir. En période de crise, il risque d'y avoir une polarisation de certains transferts. Les très bons joueurs vont continuer à se vendre très cher et le Real le montre. Il a fallu un chiffre très important pour que le transfert se fasse, même s'il y avait eu un premier bras de fer l'année dernière entre Manchester United et Cristiano Ronaldo. Ça se serait certainement fait d'une manière ou d'une autre. Le chiffre proposé, dans le contexte du moment et avec un sponsor en difficulté du côté de Manchester, fait que c'était intéressant et acceptable pour le club anglais. Je suis certain qu'il aurait été acceptable pour beaucoup de clubs d'ailleurs (rires) Il y a d'autres transferts qui pourront se faire avec des montants très importants et d'autres avec des montants beaucoup moins importants. Le marché des transferts risque de se polariser. Très cher pour des joueurs et des clubs d'exception et moins important pour d'autres.
Le retour de Florentino Perez serait-il finalement plutôt une bonne chose pour les clubs européens ?
C'est une bonne chose, surtout pour les clubs vendeurs de joueurs de talent.
Rédigé par Laurent PICAT Le contacter
Paris365
le 09/02/2012 à 09h52 - Coupe d'Italie
Muet depuis plus de 20 ans, Naples a soif de titre. Avec un Cavani auteur de 19 buts cette saison, les Azzurri feront-ils un beau parcours en coupe ? Suivez cette demi-finale aller à Sienne en Live !
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